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Dans une contrée désertique et isolée, un entomologiste devient le prisonnier d’une veuve étrange vivant au fond d’un puits de sable. Comme plusieurs films phares de la Nouvelle Vague japonaise, La Femme des Dunes conjugue érotisme et réflexion philosophique. Teshigahara nous plonge dans un monde sensuel de chaleur, de sable, de sueur, de travail et de sexe. Le combat absurde, éternellement recommencé, contre le sable qui menace sans arrêt, variation sur le mythe de Sisyphe, devient une puissante métaphore de la condition humaine.
Rarement aura-t-on fait au cinéma un usage aussi concret, envahissant et cauchemardesque d’un élément naturel. On pense à The Wind de Sjöström (1928) ou à la finale de Greed (1924). Tout aussi véhément et troublant est le combat des sexes, l’affrontement entre cette femme et cette homme que leur façon de vivre et de sentir oppose irrémédiablement. Confronté à cette autre existence, l’entomologiste en arrivera à questionner l’existence et le sens même de la liberté, du libre arbitre, de la conscience et l’individualité. Des questions qui sous-tendent les transformations sociales du Japon d’après-guerre où le rapport à soi et à la société reste tiraillé entre modernité et tradition. Le film tire sa force de cet équilibre parfait entre nihilisme et beauté plastique, matière et idée, détail et ensemble, intemporalité et histoire.
Teshigahara – par ailleurs peintre, potier et maitre de l’ikebana – est un cadreur et un scénographe minutieux et imprévisible. Sa mise en scène est portée par la musique minimaliste de Toru Takemitsu, à qui on doit aussi la trame sonore de Ran de Kurosawa. Eiji Okida (Hiroshima mon amour) et Kyôko Kishida, qui a aussi travaillé avec Ozu et Ichikawa, donnent des performances éblouissantes. Un film presque parfait, et sans conteste un des grands chefs d’œuvres du cinéma japonais.
LA FEMME DES DUNES (Suna No Onna )
(1964, Japon, 123 min., v.o.s-t.a.)
De Hiroshi Teshigahara
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