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Un savant vieillissant fait un pacte avec le diable pour retrouver la jeunesse. Pour cette adaptation du célèbre mythe de Faust, Clair opte pour une mise en scène magique et théâtrale, regorgeant d'inventivité visuelle et de trucages. Son approche de Faust est résolument poétique et romantique, apportant au texte de Goethe une touche de comédie, voire de satire. Tourné dans les studios de Cinecitta et à Rome, le film propose des décors stylisés et grandioses signés Léon Barsacq, fidèle collaborateur de Clair mais aussi de Renoir et Carné. Mais le film est surtout un formidable duel d'acteur entre Gérard Philipe (Fanfan la Tulipe) et Michel Simon (Boudu sauvé des eaux). Clair a eu l'idée jouissive de leur faire échanger leur rôle à mi-parcours, le jeune Faust empruntant les traits Philipe, alors que Simon devient le diable. Si le premier joue de sa beauté et de sa vulnérabilité, l'autre est imprévisible, cabotin, génial. Pour la petite histoire : Simon détestait cordialement son (trop jeune et trop beau?) partenaire, et le climat sur le plateau sera tendu.
Moins connu aujourd'hui que Renoir ou Feyder, Clair a eu un parcours étonnant et tout aussi marquant pour le cinéma français. Il réalise en 1924 en Paris qui dort, qui annonce déjà la liberté de ton et l'onirisme qui marqueront beaucoup de ses films, dont La beauté du diable. Avec Entr'acte (1924), il signe un film emblématique du surréalisme, avec la collaboration de Francis Picabia, Marcel Duchamp et Man Ray, entre autres. Il écrit aussi à l'époque des textes et critiques encore essentiels pour comprendre l'avant-garde des années 20. Il signera une trentaine de films - dont À nous la liberté et Le silence est d'or - travaillant aussi en Angleterre et aux États-Unis. Une rare occasion de redécouvrir ce cinéaste sur grand écran!
Invité: Marie-Christine Breault, chercheure indépendante
France / Italie, 96 min., 16mm) Réalisateur : René Clair
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