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Comment transpose-t-on le génie cinématographique d’Alfred Hitchcock, maître du suspense et des mises en scène grandioses, sur les planches d’un théâtre ? C’est le pari audacieux que relève avec un brio exceptionnel la pièce Les 39 marches, portée par un quatuor d’acteurs au sommet de leur art : Benoît Brière, Martin Drainville, Luc Guérin et Évelyne Rompré.
Le résultat est une comédie policière hilarante, une véritable cascade de fous rires qui redéfinit l’ingéniosité théâtrale.
À l’origine, Les 39 marches est un roman d’espionnage de l’auteur écossais John Buchan, publié en 1915. Il a été immortalisé par l’adaptation cinématographique culte d’Alfred Hitchcock en 1935, un classique du suspense.
Au début des années 2000, l’auteur britannique Patrick Barlow transforme ce thriller en une comédie théâtrale pour une comédienne et trois comédiens, qui a connu un succès international.
L’histoire suit la folle cavale de Richard Hannay, un gentleman injustement accusé du meurtre d’une jeune et jolie femme, subitement tombée sur son chemin. Il doit fuir à travers l’Angleterre pour prouver son innocence tout en tentant de déjouer un complot d’espionnage international en décodant le mystérieux secret des 39 marches.
La version québécoise ne se contente pas de raconter cette histoire : elle est truffée de clins d’œil savoureux à d’autres chefs-d’œuvre de Hitchcock, comme des scènes rappelant La mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux.
Le véritable coup de génie réside dans la manière de traduire le langage du cinéma avec les moyens du théâtre. L’adaptation québécoise, brillamment traduite et mise en scène par le trio Brière, Drainville et Guérin, se distingue par plusieurs aspects.
Le texte a été entièrement retravaillé pour intégrer des expressions, des jeux de mots et des clins d’œil spécifiquement québécois. Cet humour adapté à notre sensibilité culturelle crée une complicité immédiate et rend le spectacle savoureux.
Le mode slapstick fonctionne à plein. Les comédiens, réputés pour leur sens du comique, exploitent chaque possibilité pour multiplier les situations cocasses, les quiproquos et les gags physiques dans des chorégraphies réglées au quart de tour. On n’est jamais en attente de la prochaine blague ; elle arrive, on la recueille et on rit aux éclats.
Qu'est-ce qui me vient en tête pour qualifier la performance des acteurs ? Classe de maîtres.
Luc Guérin est le héros Hannay ; Evelyne Rompré joue trois personnages féminins desquels Hannay s’emmourache. Benoit Brière et Martin Drainville interprètent une trentaine de personnages, chacun jouant parfois plusieurs d’entre eux à la fois. Assister à ça est tout simplement aberrant et... irrésistible ! La chimie et le sens du comique physique de ce duo déclenchent les rires à tout coup.
Mais cette mécanique serait incomplète sans le jeu tout en finesse de Luc Guérin et d’Évelyne Rompré, qui nous font crouler de rire avec un humour cabotin et des situations impensables. Leur talent est tel qu’ils arrivent à rendre une scène, se déroulant avec une simple clôture et une paire de menottes, absolument hilarante.
On pense à la magie de l’émission pour enfants Sol et Gobelet (de la fin des années 60), qui savait créer des univers entiers avec si peu ; on retrouve cette même force d’évocation ici.
Une telle pièce, entre les mains d’acteurs de moindre talent, pourrait facilement tomber à plat. Ici, c’est un triomphe, de par la personnalité unique de chaque comédien.
La pièce regorge de moments de pure magie théâtrale où l’ingéniosité de la mise en scène et le talent des acteurs nous laissent sans voix et éveille notre imagination. La scénographie, conçue par Normand Blais, est d’une simplicité et d’une efficacité déconcertantes.
Les acteurs arrivent à nous faire vivre une poursuite effrénée sur le toit d’un train en marche, culminant par le saut du héros sur la poutrelle d’un pont, avant de plonger dans l’eau. C’est une scène que l’on voit au cinéma, mais qu’on imagine devant nous, recréée avec une poignée d’accessoires et une énergie débordante.
Un simple cadrage de porte déplacé sur scène nous fait visiter toutes les pièces d’une maison. Des accessoires classiques (perruques, chapeaux, manteaux, abat-jours ou lampes de poche) suffisent à créer des univers aux personnages différents.
Les changements de décor, souvent faits par les acteurs eux-mêmes, sont si rapides et ingénieux qu’on prend plaisir à tenter de découvrir la mécanique derrière ce beau délire.
Les costumes, signés François St-Aubin, sont conçus pour des changements ultrarapides, parfois en quelques secondes avec un simple chapeau, renforçant l’effet burlesque et la prouesse des interprètes.
En somme, Les 39 marches est bien plus qu’une comédie : c’est une célébration du talent, de la créativité et du pouvoir de l’imagination. C’est un spectacle où le suspense est constamment désamorcé par le rire, où l’on est tenu en haleine autant par l’intrigue que par la prochaine bouffonnerie. Un pari risqué pour les comédiens, mais un pari assurément gagné, selon le public.
Grâce à ce mélange d’intrigue policière, d’humour visuel et de jeux de mots, la pièce est accessible et conçue pour plaire à un public de tous les âges.
Après quelques représentations à Laval, Les 39 marches poursuit une tournée estivale à Sainte-Agathe (déjà complet), Terrebonne (les billets partent rapidement), Gatineau et Québec. Elle sera de retour en 2026 ; surveillez les dates et les lieux sur le site officiel de la production.